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Troubles de l’apprentissage : l’expérience inédite au CHU de Nîmes

29 septembre 2015
Troubles de l’apprentissage : l’expérience inédite au CHU de Nîmes

Le CHU de Nîmes et l'Éducation nationale s'associent, avec le concours de la Ville, dans la prise en charge d'enfants souffrant de déficit de l'attention et/ou hyperactifs.

C'est un projet pilote inédit, unique en France, annonce le professeur Tu-Anh Tran, chef du service pédiatrie du CHU de Nîmes. Nous allons mener une observation médicale, directement dans une école, auprès d'enfants souffrant de trouble du déficit de l'attention avec ou sans hyperactivité (TDAH). Tout au long de l'année scolaire, les échanges seront nourris entre l'équipe du CHU et les enseignants." Pour ce faire, l'école publique de Plein air, spécialisée à Nîmes dans l'accueil des enfants malades, intègre depuis la dernière rentrée 10 enfants TDAH sélectionnés par l'hôpital. Une convention va être signée très prochainement entre le CHU, l'Éducation nationale et le Ville pour valider cette expérimentation.
École de Plein air et corps médical, de concert

L'enjeu est de taille : face à la souffrance de ces enfants, souvent en situation d'échec dans un cadre scolaire ordinaire, il s'agit de trouver des pistes pour une prise en charge plus adaptée. En mobilisant de concert, et c'est bien là la grande spécificité du projet, les moyens médicaux et éducatifs. En l'espèce, le Pr Tran affiche son ambition et espère faire école. "Les TDAH affectent 5 % de la population, indique le spécialiste.
Des moyens en augmentation au CHU de Nîmes

Le 1er janvier 2013, une consultation spécifique TDAH a été ouverte au CHU de Nîmes. Pour ce faire, la pédopsychiatre Anne Gramond (photo V. D.) y est détachée à mi-temps. Mais la demande est considérable, 1 640 consultations sont réalisées la première année, avec des ateliers et des groupes d’échanges (lire l'encadré). En 2014, le Dr Gramond consacre dès alors tout son temps à la mission. En 2015, un temps plein de spécialiste est ajouté, il s’agit du Dr Stéphanie Simon. Pour obtenir ces nouveaux moyens, le Pr Tran, patron de la pédiatrie, a mouillé sa chemise, il a interpellé le conseil de l’Ordre des médecins, lequel a alerté l’Agence régionale de santé (ARS).

En 2016, la neurologue Marie Farmer, en provenance de l’université de Sherbrooke (Canada), laquelle mène des recherches sur les TDAH, va rejoindre le CHU de Nîmes. Mais Le Pr Tran estime que les moyens sont encore insuffisants face à la demande et pour réduire les listes d’attente. Notamment en temps d’orthophonie, d’ergothérapie, de neuropsychologie...

Ces enfants-là sont souvent confrontés à l'échec scolaire (lire l'encadré). Ces situations génèrent beaucoup de détresse chez eux et pour leurs parents." Pour le Pr Tran, il s'agit d'agir en priorité sur l'environnement de ces enfants, avec le concours des familles et dans le cadre scolaire. Ce projet avec l'école de Plein air doit prendre toute sa mesure dans cette logique-là. "C'est une nouvelle porte d'entrée", estime à ce titre Florence Thenon, la directrice de cette école, l'un des grands artisans du projet avec le Pr Tran, Odile Vidonne, médecin directeur du Pôle promotion santé de la Ville, ou encore les services de l'Éducation nationale.

"Trouver des outils applicables en milieu scolaire ordinaire" Le Pr Tran, CHU de Nîmes

L'établissement bénéficie de moyens exceptionnels, avec notamment quatre instituteurs spécialisés pour une quarantaine d'élèves, de la grande section au CM2. "Nous accueillons des enfants souffrant de maladie telle que cancer, diabète sévère, épilepsie, maladies rares... Mais aussi quelques cas ayant des problèmes d'environnement scolaire. Désormais, 12 places sont réservées dans l'école aux enfants souffrant de TDAH."

Les quatre instituteurs seront formés au TDAH par la pédopsychiatre Anne Gramond. D'emblée, la première année, les performances individuelles de chaque enfant seront suivies et analysées. Le dialogue entre corps médical et enseignants sera permanent. Dès la deuxième année, le Pr Tran veut s'engager sur un projet de recherche clinique. "L'idée, explique-t-il, est de trouver des outils qui seront ensuite applicables en milieu scolaire ordinaire et qui permettront à ces enfants d'intégrer normalement le collège." Une belle et grande ambition pour une attente très importante. "Beaucoup d'instituteurs sont en demande de solutions", confirme Florence Thenon. Et plus encore les parents, souvent perdus en l'absence d'une réelle coordination des réponses médicales et éducatives susceptibles d'aider leur enfant en souffrance.

6 000 enfants dans le Gard

Quelque 6 000 enfants gardois, sur les 120 000 scolarisés, présentent des troubles spécifiques des apprentissages, si l’on se réfère aux statistiques de la Haute autorité de santé (HAS). Au TDAH, il faut encore ajouter les problèmes Dys (dyslexie, dyscalculie, dyspraxie, etc.). TDAH et Dys peuvent se combiner. "Tous ces troubles représentent 60 % de la consultation en pédopsychiatrie", indique le Pr Tran.

Échec scolaire, troubles psy

Ces troubles de l’apprentissage, qui ne relèvent pas du retard mental et dont les causes font l’objet de nombreuses recherches scientifiques, génèrent du mal-être chez l’enfant. Qu’il ait du mal à se concentrer et/ou soit sujet à une grande agitation, il est susceptible de développer des troubles du comportement (tics, agressivité, anxiété...).

"Dans un tiers des cas, les TDAH disparaissent à l’adolescence, indique le Pr Tran. Pour un autre tiers, il y a une persistance du déficit attentionnel mais avec une réelle adaptation à l’environnement. Quant au dernier tiers, on constate des troubles psychiatriques, pouvant générer à terme des conduites à risque, la consommation de stupéfiants..."